Points forts de l'actualité

Préservez votre santé
Docteur Jacques FRIDMAN
Enseignant à la Faculté de Médecine de Paris XII
Auteur du livre « les 4 secrets pour maigrir » (JM LAFFONT)

Surpoids, Obésité et mauvaise haleine (Halitose)

La mauvaise haleine est un symptôme très fréquent dans la population générale mais sa prévalence est difficile à estimer pour 2 raisons. La première parce qu’il est rare de se faire un auto diagnostic et c’est souvent un proche ou un intime comme le conjoint qui se permet de le signaler à celui qui en souffre, ce qui diminue le nombre réel. La deuxième, est que cette affection est très souvent minimisée par gêne ou par honte.

Par contre ce symptôme augmentant de façon significative en cas de maladie intercurrente, c’est parfois à l’occasion d’une consultation pour « autre chose » que le patient ose en parler à son médecin. Il est en effet assez rare en Médecine praticienne que l‘halitose soit le motif princeps de la consultation, et inversement, il est difficile pour le médecin d’interpeller son patient en lui signalant une éventuelle mauvaise haleine.

Néanmoins puisque ce problème commence à être moins tabou, les patients commencent à en parler « du bout des lèvres »…heureusement, car parfois ça cogne !!! D’ailleurs ce symptôme a été l’objet de tant de blagues de plus ou moins bon goût, que les malheureux patients qui souffrent d’ halitose, souvent en l’ignorant, ont subi et subiront encore plus d’une vexation. C’est ici que je peux juste signaler sans les développer les problèmes relationnels, amoureux ou professionnels qui ne manquent pas d’être engendrés par une mauvaise haleine.

A part les chirurgiens dentistes qui côtoient ce problème tous les jours, mais cela fait partie de leurs contingences, certaines spécialités médicales rencontrent ce problème comme par exemple les médecins généralistes ou les ORL en cas d’angines ou de sinusite, les gastro entérologues en ces de gastrites, d’ulcères ou de gastro entérites, les pneumologues en cas de bronchites etc.

En effet, même s’il semble logique qu’une mauvaise haleine ait son point de départ dans la cavité buccale, il est indéniable que beaucoup de situations pathologiques peuvent être la source, la circonstance de découverte ou l’aggravation d’une halitose.

Actuellement un grave problème de santé publique touche les pays développés avec une croissance inquiétante : le surpoids et l’obésité tant chez l’adulte que chez l’enfant et l’adolescent. Cet état pathologique de surcharge est très fréquemment associé à une mauvaise haleine, et là enfin les patients souffrant de ce problème en parlent plus facilement car ils l’englobent dans une maladie qui ainsi les déculpabilise. A partir du moment où on franchit le pas avec son médecin en osant parler de problème d’image de soi, de souffrance esthétique, et du regard des autres, il est plus facile de glisser la mauvaise haleine dans le lot. Toutefois, il faut garder à l’esprit que la Médecine n’est pas une science exacte, mais un art, et qu’il ne faut pas généraliser : ainsi il n’y a pas de relation mathématique et inéluctable entre surpoids et mauvaise haleine. Il y a des gens gros avec une haleine tout à fait agréable, et à l’inverse des gens maigres avec une haleine détestable.

Dans la surcharge pondérale les causes de mauvaise haleine sont variées mais il est sûr que la mauvaise digestion (qui commence avec une mauvaise mastication) est une cause importante, ainsi que l’hypoglycémie réactionnelle à de nombreuses privations qui est source d’odeur acide de l’haleine, de même que le catabolisme de certains médicaments ou parfois des traitements comme les cures hyperprotéinées (cétose et mauvaise haleine).

Finalement, tant le surpoids lui même que certains traitements de ce surpoids peuvent engendrer ou faire découvrir une halitose. En effet, il n’est pas rare, sans toutefois être fréquent, que les patients signalent une mauvaise haleine comme effet indésirable du traitement et/ou du régime alimentaire nécessaire et indispensable à leur maladie.

Le traitement de la mauvaise haleine dans ces cas de surpoids et d’obésité comportera un volet médical avec les conseils hygièno-diététiques, l’introduction d’une bonne activité physique et les prescriptions nécessaires à la perte de poids, mais aussi une visite chez le dentiste pour traiter la composante strictement buccale de cette affection. Il est évident que le chirurgien dentiste ne manquera pas de rappeler, surtout chez l’enfant et l’adolescent qui sont extrêmement touchés par ce problème de surpoids et d’obésité, qu’une bonne hygiène dentaire est le primum movens indispensable à une guérison.

L’halitose est donc une affection, certes bénigne et localisée, mais qui a de belles années devant elle car elle commence seulement à être prise en compte. Maintenant le dépistage, le diagnostic formel (car il existe de fausse halitose, ou même certaines personnes croient souffrir de mauvaise haleine alors que les tests sont négatifs) et les traitements sont scientifiquement codifiés. Le problème repose sur la formation et l’équipement nécessaire, et les chirurgiens dentistes rodés et équipés pour l’analyse de la salive à la recherche de sulfures sont extrêmement peu nombreux en France. Je n’en connais actuellement qu’une dans Paris.

D'autres articles sont déjà parus. Vous pouvez les consulter dans Les Archives

Pas de commentaire »

Pas encore de commentaires.

Fil RSS des commentaires pour cet article. URI de Trackback

Laissez un commentaire

Vous devez être identifié pour déposer un commentaire.